Parole d'expert : 3 questions à une consultante en immobilier et biomimétisme

27/02/2019

Pauline Philippe, consultante en immobilier et biomimétisme chez Elan est notre parole d'experte du mois de février, elle vous explique en 3 questions son quotidien.

 

Décris-toi en 3 #

#résiliente #positive #passionnée

 

Quels défis pour conjuguer biomimétisme et BTP ?

Le biomimétisme c’est s’inspirer des organismes du vivant, sous toutes ses formes et dans tous les domaines et utiliser nos compétences pour les comprendre et les transposer au bâtiment, pour « concevoir » de façon plus efficiente, résiliente et durable. C’est un réel changement de paradigme. Il permet de prendre conscience que l’Homme ne peut perdurer en instaurant sa suprématie par rapport aux êtres vivants et en utilisant la planète comme une ressource matérielle et infinie. Il repositionne l’être humain parmi d’autres êtres vivants, interagissant avec eux, dans notre une biosphère commune.

Compte tenu des enjeux mondiaux, notamment de la gestion des ressources naturelles non renouvelables, de la production de déchets et de l’adaptation aux changements climatiques, il semble urgent de concevoir nos bâtiments, nos quartiers et nos villes autrement ! A l’avenir ils devront être résilients, régénératifs et à externalités positives pour répondre aux défis planétaires. A l’instar d’un écosystème naturel, la ville sera capable de répondre localement à ses besoins  : les bâtiments qui seront considérés comme des entités interagissant les unes avec les autres créant ainsi des synergies. Par ailleurs, les bâtiments devront être conçus comme des organismes vivants intégrés, adaptés à leur milieu et capables de fournir des services écosystémiques : assurer une bonne qualité d’air, purifier et stocker les eaux de pluie ou convertir la lumière du soleil en énergie utilisable.

L’enjeu majeur du biomimétisme ? Faire travailler ensemble différents acteurs aux compétences complémentaires qui n’ont pas coutume de communiquer entre eux. Le défi est de trouver un langage commun entre biologistes, scientifiques et acteurs de l’immobilier (maitre d’ouvrage, architecte, paysagiste, entreprise générale, etc) afin que l’ensemble des parties prenantes se comprennent. L’intérêt est de créer un socle commun avec pour objectif un développement territorial positif. Cette approche biomimétique apporte une méthode nouvelle pour trouver, ensemble, les clés de réponses adaptées aux défis de la construction urbaine.

 

Quelles sont les actions mises en place aujourd’hui et comment peut-on aller plus loin ?

Le biomimétisme se positionne dans la 6ème grande vague de l’innovation au côté de la durabilité, la chimie verte, l’écologie industrielle, les énergies renouvelables... Afin de répondre aux différents défis d’application dans le domaine du BTP et de l’immobilier, quelques acteurs sont déjà présents et participent à une architecture régénérative et biomimétique.

 

1. Les travaux de recherche sur le sujet connaissent une croissance exponentielle et les centres de compétences fleurissent.

Le CEEBIOS se positionne notamment en structure d’intérêt général, visant à catalyser la richesse des compétences nationales du monde académique, de l’enseignement et de la R&D industrielle dans le domaine de la bio-inspiration. Il travaille avec de grands groupes et accompagne par exemple la région Nouvelle-Aquitaine depuis 2017 dans le déploiement du biomimétisme sur son territoire.

 

2. Plusieurs projets existent avec une approche biomimétique à différentes échelles pouvant être travaillées en parallèle.

- La forme : appelée biomorphisme, elle se traduit souvent par une architecture démonstrative et spécifique.

- Les processus et matériaux : ils correspondent généralement à un développement technologique de procédés comme par exemple les tours de commerces basées à  Parramatta  en  Australie qui illustrent l’intégration de la bioluminescence dans la construction. Ce projet intitulé Biolumin Reef est lauréat prix coup de cœur de la fondation Rougerie 2018 par l’agence Tangram Architecture en 2017.

- L’écosystémique : il permet de concevoir un immobilier régénératif à externalités positives, c’est-à-dire, concevoir un élément du territoire avec un impact écologique positif, en allant au-delà de la seule ambition de faire « moins mal »  et de tolérer un impact négatif minimisé.   

Par exemple, les agences Mithun et GreenWorks ont repensé le quartier Lloyd, à Portland, aux Etats-Unis. Grâce à l’outil « Pre-development metrics », ils ont pu étudier le fonctionnement de l’écosystème avant la construction du quartier de façon à planifier un écoquartier qui imite les systèmes naturels et réduit son impact environnemental.

Autre exemple, Ecotone (Compagnie de Phalsbourg, OXO Architectes, Parc Architectes, Triptyque architecture et Ducan Lewis Scape Architecture), lauréat de l’appel à projets Inventons la Métropole du Grand Paris 1 qui imite le fonctionnement d’un écosystème en intégrant les services écosystémiques.

 

Le biomimétisme est un sujet précurseur, qui connait un fort développement grandissant dans le domaine de l’immobilier. Cette approche doit nécessairement être imaginée à plusieurs mains, pour en faire un outil nécessaire pour construire les villes de demain. Elan, en tant que conseil en immobilier et spécialiste du biomimétisme contribue à faire rayonner l’immobilier régénératif.